lundi 5 novembre 2007

L'édito de LNA 7 : Désinformation, par Agnès Aflalo

Agnès Aflalo
Désinformation


Institut national de prévention et d’éducation pour la santé. On se demande vraiment qui baptise nos grands établissements d’État et leur décerne leurs acronymes. Vous avez dit… Inpes ? Inpes-te ou Empes-te ? Inpes-tiféré ou Inpes-ticide ? à moins que… Inpes-tilence. “Pestilence” ? Voyons le Petit Robert : “odeur infecte, miasme putride, infection”. L’Inpes a lancé sur le territoire national une gigantesque campagne de désinformation sur la dépression de l’adulte, avec spots télé, spots radio, un guide diffusé à un million d’exemplaires, des dépliants ; les médias y ajoutent : interviews, témoignages, photos. Des enquêtes ? Il y en a très peu, ou pas du tout. Ce matraquage sans précédent a pour but d’imposer 7 thèses : 1) que la dépression existe ; 2) que c’est une maladie ; 3) qu’elle ne cesse de gagner du terrain dans la société au point d’être devenue un problème de santé publique ; 4) qu’elle est donc à soigner de toute urgence ; 5) qu’elle se soigne par la médication et le conditionnement ; 6) que la dépression n’a pas de dimension existentielle ; 7) que la psychanalyse n’est pas un recours possible. D’énormes moyens financiers, provenant des caisses de l’État, non sans la contribution, au moins indirecte, des laboratoires, ont été mis au service de la promotion unilatérale de ces 7 thèses, toutes hautement contestables.

En face de cette déferlante médiatique, il y a quoi ? Il y a nous, LNA, Le Nouvel Âne. “LNA, combien de divisions ? – Autant que Léonidas aux Thermopyles !” Nous verrons bien si nos 10 000 exemplaires parviennent à enrayer l’opération “dépression partout”. Il faudrait pour cela qu’ils déclenchent les médias.

Il y a bien un enjeu de santé publique, et c’est la prévention des tentations suicidaires. Elle concerne les adultes, mais aussi les enfants de plus en plus jeunes. Combien faudra–t-il de Virginia High Tech et de Colombine pour faire saisir que le passage à l’acte (auto- et hétéro-agressif) a une logique, que la psychanalyse a éclairée? Pour Freud, la tristesse, ce n’est pas un dysfonctionnement organique qui en est responsable, c’est la vérité (voir le billet de François Leguil) ; c’est pourquoi la tristesse est souvent lucide. Elle est légitime quand il y a deuil ; quand elle devient symptôme, elle le demeure, tant que reste bâillonné le désir qu’elle enserre. Ce symptôme, qui est intime, est en même temps connecté au malaise de la société, à ses prescriptions de savoir et de pouvoir sans limite.

Réduire l’humain à une chaîne de neurones et de neurotransmetteurs, ce n’est pas seulement le réduire à la servitude, c’est le condamner à une dépression définitive.

Nous verrons bien
si nos 10 000 exemplaires
parviendront à enrayer
l’Opération “Dépression Partout”.
Il faudrait pour cela qu’ils déclenchent les médias.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Vous êtes tellement prévisibles, que votre paranoïa en devient lassante, voire ridicule.

Franck-Olivier Laferrère a dit…

J'ai bien ri, merci Agnès Aflalo :-)

Pierre a dit…

Au courageux anonyme (comme on les appelle sur rue89) : je pense que vous n'aurez pas du tout prévu la suite, telle qu'elle va se dérouler à partir de maintenant.
Croyez-moi, vous n'allez pas être déçu...